Mars 2020. Il fait anormalement chaud en ce début de printemps. Nous dansons insouciants sur le fil de la lame, quand soudain la musique se tut au milieu d’une mesure, nous renvoyant sine die à une redoutable intériorité.
Sous les fenêtres, l’immobilité et le silence. Les pétales fanent en beauté, le scarabée se réfugie dans le terreau protecteur. La lune se confond avec la suspension qui éclaire nos nuits sans sommeil – ou est-ce l’inverse ? – alors que sur les écrans éclatent des orages de cytokines et surgissent des forêts de tubulures en plastique.
Assignés à notre seule identité biologique, jour après jour, heure après heure dans le temps subitement épaissi, nous abandonnons aux experts l’évaluation de notre score de fragilité. Nos volontés aseptisées se cognent contre la vitre de l’union sacrée.
Sans le vouloir, sans même y penser, se pourrait-il que nous soyons déjà entrés dans la société du sans contact ?
Montage de photographies prises pendant le confinement, sauf le drone qui date de 2018. La citation en italiques est de Stephan Zweig, dans Le monde d’hier, Poche, 2016, p. 255